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Thématiques : Traduire Deleuze, trahir Deleuze | Virtualité de Gilles Deleuze | Derrida et l’Amérique : une traduction im-possible ?
Traduire Deleuze, trahir Deleuze
Pour parler de la traduction, les Italiens emploient l’expression « traduttore, traditore : traducteur, traître ». La traduction a toujours eu dans son fond un peu de trahison en elle : c’est utiliser la voix d’un autre pour faire parler un auteur dans une langue qui n’est pas la sienne, un peu à la manière du prophète qui parle pour Dieu : pas du tout à sa place, ni en son nom, ni même en sa direction, mais dans un devenir, une fuite active, comme l’écrivain, dit Deleuze, écrit toujours pour les animaux qui meurent. Dans « De la supériorité de la littérature anglaise-américaine », texte tiré de Dialogues avec Claire Parnet (Flammarion, 1996), Deleuze conjuguait déjà trahison et prophétisme :
Il y a toujours de la trahison dans une ligne de fuite. Pas tricher la manière d’un homme d’ordre qui ménage son avenir, mais trahir la façon d’un homme simple qui n’a plus de passé ni de futur. On trahit les puissances fixes qui veulent nous retenir, les puissances établies de la terre. (p. 52)
De même pour le prophète :
Le prophète se reconnaît à ceci, qu’il prend la direction opposée à celle que Dieu lui ordonne et par là réalise le commandement de Dieu mieux que s’il avait obéi. Traître, il a pris le mal sur lui. (ibidem)
La revue Multitudes a offert un beau numéro sur le sujet, dans lequel on retrouve une section bien nommée mineure : « Traduire Deleuze ». Ce dossier rassemble des textes sur la traduction de Deleuze en japonais (par Kuniichi Uno), en russe (par Sergueï Fokine), en grec (par Mihalis Matsas) et en turc (par Ali Akay). Dans la présentation de ce numéro, Louise Burchill et Jehanne Dautrey remarquent le problème suivant : « C’est pourquoi traduire Deleuze, ce n’est pas appliquer à sa philosophie une compétence de traduction préétablie mais c’est forcément rencontrer la problématisation de la traduction telle qu’elle s’inscrit dans la pensée de Deleuze - non pas comme théorie de la traduction, mais comme pratique de la torsion de la langue. » (Multitudes, no 29, été 2007, p. 152) Ainsi, l’exigence est moins de trouver une « théorie » de la traduction chez Deleuze que d’expérimenter la traduction à partir de lui : expérimenter des traductions, créer avec elles des problèmes philosophiques ; peut-être à travers la trahison, peut-être à travers le prophétisme. La présente thématique veut faire entendre ces traducteurs qui ont pris le mal sur eux-mêmes. Les études deleuziennes doivent se soucier de ces paroles pour Deleuze qui, en le répétant, le diffère, en se l’appropriant, le perd, en le trahissant, le traduit.
Sept textes sont maintenant disponibles :
Quatre traductions sont maintenant disponibles :